Les petites phrases assassines

shut up

En bientôt 3 ans d’essais bébé, j’ai entendu des multitudes de réflexions. Des maladroites, des méchantes, des gens qui ne se rendent pas compte, ceux qui veulent faire de l’humour (mais c’est vraiment pas le moment)… 

J’ai beau avoir ce recul et savoir qu’on entend toutes ce genres de petites phrases, je me les prends toujours de plein fouet. Et le pire c’est que je n’ose jamais répondre ce que je pense vraiment (vous le sentez venir là l’exutoire ?!). Du coup, c’est avec plaisir que je vous offre le florilège des petites phrases que quand tu les entends elles ont l’effet d’un coup dans l’estomac avec des chaussures à crampons :

  • La classique : « C’est dans ta tête, faut que tu arrêtes d’y penser et ça viendra »

Alors au risque de décevoir les plus bien attentionnés, NON, non, NON. NON. On ne dit pas ça. Parce que c’est précisément partout sauf dans ma tête. Parce que quand tu entends ça, ça tu culpabilises à mort. Tu te dis que c’est de ta faute du coup. Parce que ça banalise des maladies. Parce que t’a déjà essayé toi de ne pas penser à une chose qui te rend malheureuse, malade, met ton couple en péril, te coûte de l’argent et en plus où tu dois prendre des médocs tous les jours à la même heure ?

  • La classique, variante : « Tu sais je n’ai jamais pris la pilule de ma vie et je ne suis jamais tombée enceinte. Mais quand j’ai décidé d’avoir en enfant, pof, c’est arrivé comme ça, dès le 1er essai. Tu vois le mental ça joue vachement »

Ce témoignage collector m’a été offert par ma belle-mère (femme de mon père) que j’aime vraiment comme une mère mais qui vous le verrez est un personnage récurrent de cet article. Bon là ça se passe de commentaire, perso j’avais juste envie de répondre « mange tes morts » mais bon, pour des raisons évidentes de conventions sociales je me suis tu.

  • La fameuse question de l’âge : « Vous avez le temps, vous êtes jeune »

Souvent entendu par des médecins d’ailleurs, le dernier en date étant ce con d’anesthésiste pour la FIV. Idem, bah non, ça ne se dit pas non plus. Car c’est pas mon âge qui réduit la souffrance de l’attente. Parce que dans mes projections débiles je voulais mon 1er enfant à 25 ans et que quand j’ai soufflé mes 28 bougies ça m’a bien fait mal à la gueule. Et surtout parce qu’à l’intérieur de moi j’ai une saloperie qui bousille des organes initialement pépouz qui n’avaient rien demandé à personne. Donc non, désolée, j’ai pas méga le temps en fait.

  • Les connaissances : « J’ai une amie / la fille du cousin de la boulangère / j’ai vu à la télé une femme qui avait tout essayé. Quand elle a en a eu marre et bah comme par magie elle est tombée enceinte ».

Et bah tant mieux pour elle. Je m’en fous.

  • Quand j’évoque mes problèmes au boulot : « Non mais attend, restes-y encore un peu. Va jusqu’au bout imagine que tu tombes enceinte »

Ma belle-mère. Alors je suis déjà au bout du rouleau en fait, ça fait 3 ans que « j’imagine que je tombe enceinte » (et oui, comme on tombe d’une chaise) et que bah spoiler alert je n’ai rien pondu depuis. Il est peut être temps de reprendre un peu ma vie en main dans ce que je peux maîtriser non ?

  • Quand j’ai parlé de mes soucis de santé à la nana d’un copain et qu’elle aussi voulait un enfant : « Ah mince. Et du coup tu penses accoucher comment ? »

A ton avis ? Avec un bébé dans l’bide déjà et comme je ne sais pas encore combien de jour je vais devoir me piquer le bide sus-nommé pour avoir l’honneur d’une éventuelle ponction la question de l’accouchement me paraît un poil prématuré.

  • Les optimistes « Au pire t’adopte »

No comment hein. 3 mots et un boulevard de what the fuck à décanter.

  • La fin de non-recevoir: « Tu dis ça parce que t’as pas d’enfant »

Ma belle-mère, encore et toujours. Du coup c’est cool parce que cette réflexion te permets de te rappeler que tu es bien infertile au cas où tu aurais eu l’audace d’oublier et surtout bah que tu dois bien te la boucler du coup. Non mais t’es infertile et t’as un avis ?!

  • Les bons conseils de gens non issus du monde médical : « Mais pourquoi tu fais pas une FIV directement comme ça c’est réglé »

Parce que déjà c’est pas à la carte, y a un protocole et des examens médicaux. Parce que c’est pas moi qui décide et que si je réussi sans m’infliger un traitement hyper lourd bah je prends cette option. J’ajoute qu’une FIV n’est pas garante d’un bébé loin de là et qu’après c’est la fin du parcours et potentiellement je ne suis pas prête à ça. C’est bon ou je développe ?

  • La dubitative : « Ah bon, ça fatigue l’endométriose ? Mouais… Je pense surtout que vous êtes fatiguée d’être malade c’est tout »

Vis dans mon corps 1 semaine et après on en reparle ok ?

  • La mystique : « Tu sais, c’est Dieu qui commande »

Bah mince je croyais depuis tout ce temps qui c’était dans ma tête je suis perdue maintenant.

Je vous passe toutes les femmes enceintes, même très proches comme mon amie ex-PMette dont je vous avais parlé dans l’article sur les PB, qui de façon gratos comme ça te sortent des « oh t’as d’la chance moi je suis trop grosse/clouée au lit » quand toi tu pars en vacances. On échange quand vous voulez.

Je crois que les centres de PMA devraient dispenser des cours de self-control (et de boxe pour se défouler) parce que j’en ai parfois mal aux joues d’afficher un sourire crispé tout en essayant de ne pas pleurer et/ou porter atteinte à l’intégrité physique d’autrui.

13 réflexions sur “Les petites phrases assassines

  1. A part une ou 2, je crois que je les ai toutes entendues. tu as oublié la fréquente variante de faut arrêter d’y penser : « vous devriez partir en vacances, je connais « x » et ben ça a marché »

    Faut aussi leur dire si leurs gamins sont chiants « c’est Dieu qui commande » ^^

    Moi j’ai abandonné le sourire crispé, je réponds et explique pourquoi ils disent vraiment n’importe quoi et que ça me gave que tout le monde dise ces phrases bateaux ! à mon avis, ils ne les diront plus jamais XD

    J'aime

    • Exact, les fameuses vacances salutaires sur l’île de la fécondité !!

      Souvent ça vient de la famille donc je n’ose rien dire mais j’ai une technique : j’ai commandé quelques livres sur le sujet et je vais leur offrir. Comme ça ils seront informés et sensibilisés sans ce dire que c’est moi qui suis « sensible ».

      J'aime

  2. Tu as oublié la célèbre :  » Non Mais, prenez des vacances, c’est plus propice les vacances ». Ce à quoi, j’ai répondu en me rebellant pour la première fois de ma vie :  » Je crois pas que de partir en vacances, Ca débouche les trompes ». La mâchoire de la nana en face de moi est tombée par terre. Et c’était jouissif 😉

    Aimé par 1 personne

  3. Ah la la ces phrases assassinés que l’on avalé en faisant un petit glupps. Je crois que c’est quasiment quotidien.
    Hier en me confiant à une amie sur l’échec du tec 1, je lui dit que je le vis un peu comme une fausse couche, elle me repond《oh arrête voir c’était juste un amas de cellule avec un peu d’ADN…》

    J'aime

      • Tout à fait…et pourtant c’est une amie très proche. Ça m’a brisé le coeur si peu d’empathie. Mais il y en a aussi par les femmes qui sont passées par ce parcours… j’ai une collègue qui est passée par là et j’ai l’impression qu’elle a tout oublié…quand elle me dit oh la la j’ai 2 filles mais on m’y reprendra plus

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s